Ailes de Papillon

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Rétroprojection...

 

1924.

Le 1er mars 1924.

Un petit garçon naît.

Appelons-le P.

 

Un adorable petit garçon, tout gentil.

Facile à vivre.

Studieux à l'école.

On lui promet un joli avenir...

 

P. grandit...

Et devient un brave homme, avec beaucoup d'amis, peu d'ennemis.

 

Il travaillera à la Mairie...

Toute sa Vie !

Il sera adjoint au maire, pendant de longues années...

De longues années de travail fidèle et bien-fait, sans reproche,

Avec une vie stable et bien menée,

Une vie calme et sportive,

Dans un petit village, devenu grand aujourd'hui.

 

Peu après la guerre, il s'est marié.

Avec M.

Une très jolie demoiselle, simple et bien élevée.

Une compagne idéale.

 

Quel beau couple ! Un couple idéal...

Comment compléter leur bonheur ?

 

Deux naissances, avec quelques années d'écart !

 

 

 

Et pourtant...

 

Une si belle jeunesse est-elle gage de réussite de l'avenir ? d'une vie d'homme sans obstacle majeur ? sans souffrance ?

 

Il faut croire que non...

 

En 1970...

Problèmes de santé importants de la seconde fille...

Problèmes de santé graves et difficilement acceptés...

Maladie de son épouse...

Maladie grave...

 

Maladie fatale...

Veuf à 46 ans seulement !

 

 

 

P. essaiera tant bien que mal de surmonter tous les évènements de sa vie... avec colère et rage parfois... mais toujours avec pragmatisme et soin de ses valeurs...

 

P. se remettra en ménage quelques années après...

Tandis que l'aînée se marie et fonde son foyer,

Et que la plus jeune sœur se bat contre la maladie, pour la surmonter peu à peu, et se marier en 1980.

 

 

Mais en 1991,

Le Destin frappe encore !

 

Jambe droite...

Artère bouchée...

Gangrène...

Amputation...

 

Amputation jamais acceptée.

Tant de souffrance !

Et la jambe gauche qui fait si mal !

Et ce moignon si douloureux !

Et cette prothèse jamais adaptée !

 

Quels mots, pour décrire ces maux ?

Ce refus de l'avilissement...

Ce refus du fauteuil...

Ce refus de toute aide extérieure...

 

Ce besoin de se dépasser...

D'aller plus loin que ses limites...

Les limites imposées par son propre corps... refusées !

 

Quoi, plus de jeunesse ? plus de sport ? plus de rêves ? plus de projets ?

Plus d'avenir ?

 

En 1991...

On préparait sa mort...

En 2008...

Toujours là !

 

Toujours là... oui, toujours là...

Pour quoi ?

 

Pour connaître la mariage de l'une de ses petites filles !

Pour voir la majorité de ses 9 petits-enfants !

Pour rencontrer ses 4 arrières-petits-enfants !

Pour vivre tant de moments intenses, de bonheurs partagés, de joie communiquée !

 

 

 

Toujours là... oui, toujours là...

Pour quoi ?

 

Pour apprendre, en mars 2008...

 

 

Mauvaise nouvelle...

 

 

 

Cancer.

 

 

 

 

 

 

 

Cancer du poumon.

 

 

Alors ?

C'est ça la Vie ?

 

Naître, s'appliquer à être et devenir un homme bien, se marier, travailler dur toute sa vie, avoir 2 enfants, 9 petits-enfants, et 3 arrières-petits-enfants...

Et souffrir, souffrir, souffrir !

Perdre son épouse tendrement aimée d'abord, assister à la souffrance de sa fille sans savoir comment l'aider ensuite, puis connaître la douleur, la dépendance, la honte de soi, et enfin apprendre le nom de la terrible maladie qui affaiblit ce corps depuis plusieurs mois déjà... le cancer du poumon ! Oh, avec si peu d'années de tabagisme ?

 

 

Dîtes-moi, comment est-ce possible, autant de souffrance dans une vie ?

Epouser une femme légèrement névrosée,

Etre aveugle à la souffrance de ses enfants,

Voir la lente descente aux Enfers de sa seconde fille,

Assister impuissant à la mort de son épouse,

Sentir l'incontrôlable douleur de son propre corps,

Subir la perte d'un membre si indispensable,

S'acharner à vivre, à s'accrocher à cette misérable vie de souffrance et de douleur pendant 17 longues années, pour finalement...

Apprendre le terrible mal insinué hypocritement dans ses poumons.

 

 

Pourquoi mériter tant d'obstacles ? tant de difficulté ? tant de douleur ?

Quelle justice l'a décidé ?

Quel Dieu, quelle Religion ?

Quel Karma ?

 

Pourquoi ?

Ne pouvons-nous vivre et mourir qu'une fois ?

 

Et moi, Papy, que puis-je te dire, que puis-je faire ?

Je suis loin de toi, 600 Km nous sépare,

Comment te faire savoir que je pense à toi ? que je suis là ?

Que peut-on faire pour te soulager ? pour t'aider ?

 

 

Vos commentaires

1 Le Vendredi 14 Mars 2008 à 13:48 GMT+2, par Amelimelo

J'en ai la larme à l'oeil (pour de vrai de vrai)...

2 Le Samedi 15 Mars 2008 à 19:40 GMT+2, par Nymphea

émue aussi.... en effet, la vie est bien souvent injuste, les meilleures personnes souffrent alors qu'elles mènent une vie exemplaire... je suis vraiment triste pour ton grand père, mais tellement ravie que tu lui rendes hommage de cette façon...
il a de la chance de t'avoir....

3 Le Lundi 17 Mars 2008 à 13:35 GMT+2, par melllie

C'est pour cela qu'il faut profiter de chaque moment. S'arreter parfois et réaliser la chance qu'on a, parce que ça ne durera peut être pas aussi longtemps qu'on le pense !

4 Le Mercredi 19 Mars 2008 à 13:23 GMT+2, par dragona

Bonjour, je viens de découvrir ton site et je me permets de laisser un petit message car cela m'a beaucoup émue

5 Le Lundi 24 Mars 2008 à 16:31 GMT+2, par Papillon

@ Amelimelo : oh non ne pleure pas ! c'était pas mon but... je voulais juste exprimer un peu mes sentiments... on se sent plus légère après !


@ Nymphéa : merci c'est très gentil ! Si on pouvait tout choisir dans sa vie, le monde serait si différent...


@ Mellie : oui je crois que profiter de chaque instant est vraiment la chose la plus iportante à faire... et pourtant on y pense pas toujours !


@ Dragona : Bienvenue à toi !

6 Le Samedi 16 Aout 2008 à 22:42 GMT+2, par Isis

Bonjour, je suis tombée un peu par hasard sur ton journal... et je voulais te dire que ce petit texte m'a vraiment émue.

Je vous envoie beaucoup de courage pour la suite...

7 Le Dimanche 17 Aout 2008 à 07:56 GMT+2, par Papillon


@ Isis : merci. Je crois qu'en effet ma famille a besoin de courage. En ce moment pour supporter la longue attente de sa délivrance, et par la suite pour faire face à son absence, et à toutes ces questions qui nous assaillent : pourquoi autant de douleur ? pourquoi lui ? pourquoi nous ?
Mais je me dis que finalement la seule solution est peut-être l'acceptation.

8 Le Lundi 18 Aout 2008 à 09:21 GMT+2, par Carole Audrey Victoria

oh




juste un calin, tiens :)
et des bisoux
parce que je n'ai pas de réponse à t'apporter, juste un peu de réconfort

9 Le Lundi 18 Aout 2008 à 18:29 GMT+2, par Papillon

Le soutien, c'est peut-être ce qu'il y a de mieux dans ces moments-là...
Il n'y a pas de réponse je crois, alors merci pour ce très gentil commentaire !

10 Le Mardi 19 Aout 2008 à 19:22 GMT+2, par sunny

Des papys et des mamies comme le tien j'en vois dans mon travail. Amputés, à l'hôpital, triste. on peut pas être gay à l'hôpital. Sauf quelques instants, le temps d'un sourire, d'un mot ou d'un geste amical. Ton papy serait soulagé je pense si tu lui donner un calin et un bisou (comme le suggère Carole), si tu parlais de ta vie, tes amoures, de choses qui lui ferait oublié un instant sa maladie.

11 Le Mercredi 20 Aout 2008 à 00:11 GMT+2, par Papillon


ça ne doit pas être facile tous les jours de travailler dans un hôpital...

Je n'ai jamais été très proche de mon papy, pas mal de problèmes familiaux et beaucoup de distance ne nous ont pas remplis complices... mais je suis énormément attachée à lui et je sais que lorsqu'il partira la douleur sera très grande... alors je lui parle peu, mais j'essaye de me montrer présente, je lui écrit...

ET, au fait, bienvenue sur mon blog, Sunny ! :-)

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