Lettres mortes
Lettres mortes, correspondance censurée de la nef des fous (Hôpital de Volterra 1900 – 1980). Présentation, traduction et photographies de Patrick Faugeras. Post scriptum de Jean Oury.
Le psychiatre italien Franco Basaglia, qui fut l’un des principaux acteurs de la lutte contre l’existence des hôpitaux psychiatriques en Italie, avait coutume de dire que la première chose que l’on rencontre lorsqu’on pénètre dans un asile, ce n’est pas la maladie ou la folie mais la misère.
Le Parlement italien vota en 1978, dans un contexte politique difficile, la loi 180, autrement dite loi Basaglia, qui décrétait la fermeture définitive des asiles psychiatriques existants. Cette situation exceptionnelle en Europe notamment par sa radicalité eut, entre autres, pour effet immédiat de rendre manifeste aux yeux de la population la plus large et la moins informée, cette misère que paradoxalement les asiles étaient censés contenir et dissimuler mais qu’en fait, ils ne cessaient de sécréter.

J’ai bien aimé ce livre, qui est un petit peu particulier puisqu’il ne raconte pas une histoire, ce n’est pas un roman, ni l’Histoire, ce n’est pas un documentaire, ni des histoires, ce n’est pas un recueil de nouvelles.
J’aurais envie de vous dire qu’il raconte la vie. Des petits bouts de vie de personnes enfermées pour la plupart, miséreuses pour toutes.
Les lettres regroupées sont toutes très différentes les unes des autres, et chacune est touchante à sa façon. Le style, les mots utilisés, les demandes faites, l’espoir exprimé, ou la douleur sous-entendue… tout y est vrai, pourtant tout semble provenir d’un autre univers.
Aujourd’hui les hôpitaux psychiatriques ont, pour la plupart, bien évolués depuis les années 1980 et la maladie mentale n’est plus aussi tabou et cachée qu’auparavant. Mais il semble difficile d’imaginer que toutes ces lettres ont bien été rédigées il y a 3 décennies seulement ! Par des personnes comme vous et moi pour certaines, ou parfois par des personnes un peu plus dérangées… La misère est omniprésente, ainsi que l’attente et la frustration.
En plus de l’humanité qui se dégage de ce livre, j’ai décidé de l’acheter pour le principe même : le refus de l’oubli. Un peu comme pour donner un sens à toutes ces lettres qui ne sont jamais parvenues à leur destinataire… leur donner une seconde vie, leur dire oui vous êtes là et l’on vous reconnaît le droit d’exister malgré la difficulté de la vie, malgré la démence de ceux qui ont tenu la plume…

Les photos sont poignantes aussi : elles ont été prises de nos jours. C’est à dire 30 ans après la fermeture de l’asile. Et certaines choses, à travers le temps qui passe, nous toucheront toujours ! Les lits en fer, les fenêtres dans les coins, les murs délabrés… On entend presque le bruit des portes qui grincent et des pas feutrés des patients dans le couloir...
Par Papillon ailes de papillon, Vendredi 13 Juin 2008 à 08:00 GMT+2 dans Les lectures du papillon (article, RSS)




