Mercredi 23 Janvier 2008
Parlons sérieusement un petit peu. #3
Par Papillon ailes de papillon, Mercredi 23 Janvier 2008 à 09:00 GMT+2 dans Le petit papillon veut sauver le monde
L'éthique a une part importante dans le travail.
Savoir se poser les bonnes questions aux bons moments.
Savoir dire les choses avec les bons mots.
Savoir quelles sont les limites de notre travail.
On ne peut pas refuser de monter une demande d'aide financière. Si une personne exige de nous qu'on la monte, on est obligés de le faire. Certes, mais toute aide comporte une partie de commentaire à remplir par le TS, que l'usager n'a pas à lire ou signer, il n'a donc pas connaissance de son contenu. Et à la fin, le TS doit mettre un avis (avis favorable, défavorable, pas d'avis ou avis laissé à la commission). Ainsi, si une personne demande à avoir une aide financière pour repasser son permis (enlevé pour cause d'ivresse par exemple), son dossier passera obligatoirement en commission. Mais le TS (qui n'est pas forcément présent lors de cette commission) pourra influencer la décision prise par son commentaire et surtout son avis. Je parle de cette situation par ce qu'elle pose souvent un cas de conscience aux TS, notamment lorsque la personne en question n'a pas réglé ses problèmes d'alcool (ou le TS soupçonne qu'elle ne les a pas réglé). En général, la commission suit l'avis du TS.
Les TS font souvent face à ce genre de situation, à de tels cas de conscience. Face à une personne, il est difficile de lui dire le fond de notre pensée. « Dites donc, vous êtes maçon et vous n'avez pas d'emploi ? Vous vous foutez de moi ou quoi ? allez dans une agence d'intérim et ils vont vous en trouver du boulot !! » « vous voulez faire assistante de direction et vous n'avez jamais allumé un ordinateur de votre vie ? Laissez-moi rire !! » « vous avez démissionné de votre dernier emploi à cause d'un cancer, qui a miraculeusement disparu depuis ? et pour l'emploi précédent, vous n'aviez pas eu la même chose avec un problème cardiaque ?? », etc...
Je ne rigole pas. Parfois on a vraiment affaire à des situations de fou. Après on en rit. Mais pas sur le moment, croyez-moi. Il faut parler doucement mais fermement aux personnes pour les amener à comprendre la situation, à évoluer, et ça prend du temps, beaucoup de temps. On peut mettre un an pour faire comprendre à quelqu'un qu'il devrait voir un psy, ou qu'il ne peut pas avoir un emploi ordinaire.
Il faut savoir prendre des décisions pour eux. Et savoir prendre les bonnes. Mais il y a d'autres décisions qu'on ne peut pas prendre pour eux, il faut qu'ils y fassent face seuls.
Il faut aussi accepter qu'on ne peut pas les aider pour tout.
Mais toujours, on se pose des questions, on se demande de l'intérêt de notre travail.
On voudrait tous les aider, mais on ne peut pas. Alors on se remet en question. Notre façon de faire, de réagir, de parler... Est-ce qu'on ne peut pas faire plus pour eux ? Est-ce qu'on a vraiment utilisé toutes nos ressources pour telle situation ? Et ai-je bien réagis ? Pourquoi ?
Comment parler de l'alcool à cette personne ? Comment dire à cette dame qu'elle ne peut pas avoir un enfant tous les ans, si le budget ne suit pas ? Est-ce que je dois faire une dénonciation pour cet homme qui bosse au noir ? Oui mais enfin il a trois enfants à nourir et pas de qualifications... Et cette dame, j'ai vraiment l'impression qu'elle veut me rouler, a-t-elle vraiment la garde de sa fille ? ou est-ce qu'elle ment juste pour avoir les allocations CAF ? mais où est la fille alors, au pays ? chez le père ?
On est un peu toujours dans la remise en question, le doute face aux personnes. On ne peut pas vérifier toutes les informations, donc il faut faire confiance, à tort parfois. Et d'autres fois on va refuser de croire, alors qu'il n'y avait pas de mensonge. Parfois on va passer à côté d'un problème.
Et puis forcément, certaines situations nous renvoient à notre vécu personnel. Il faut savoir le gérer aussi. Ça n'est pas toujours facile. Certains TS ont tendance à tomber dans le maternage (on en revient un peu à l'assistanat). C'est parfois ce qu'espèrent des personnes, inconsciemment, retrouver une relation équilibrée avec un adulte qui a, selon eux, la capacité de les aider. Ils voudraient avoir la relation qu'ils n'ont jamais eu chez eux avec leurs parents. Parler ainsi, c'est un peu simplifier les choses, c'est bien plus compliqué notamment parce que c'est un phénomène inconscient complexe. Mais il faut le savoir et y prendre garde.
C'est important de toujours tout relativiser. Quelqu'un qui arrive en nous engueulant parce qu'il n'a pas eu son aide financière, parce qu'il n'a toujours pas de travail ou autre, ça arrive. Et il ne faut pas prendre ça pour nous, personnellement, il est important de bien garder à l'esprit notre étiquette de TS dans ces moments-là, et savoir que le plus souvent la personne en veut au système, aux choses en général, à lui même aussi, plus qu'à nous. Et accepter qu'on ne peut pas tous les aider autant qu'ils le souhaitent. Oui son aide a été refusée, mais c'est à cause de notre commentaire. Après évaluation de la situation, après avoir regroupé tous les éléments, après y avoir mûrement réfléchi, on s'est dit que vous n'aviez pas suffisamment réalisé de démarches d'insertion, que vous ne respectiez pas assez notre travail (refus de venir aux RdV, de se présenter aux entretiens d'embauche...), donc nous n'avons rien fait pour que l'aide passe. Bien sûr ce ne sont pas des choses que l'on dit à la personne, mais c'est ce qu'il faut garder à l'esprit. Nous ne sommes pas non plus des monstres sans coeur, si une personne a un comportement insupportable mais a des enfants chez elle et aucune ressources, on s'arrangera pour que l'aide soit validée.
Mais tout nous renvoie à nous-même, à nos décisions, à nos questions.
Demain, je vous parlerai de moi, par rapport à tout ça...






