Mardi 5 Fevrier 2008
Le monstre qui sommeille en moi.
Ce week end, mes parents sont partis voir de la famille dans la région parisienne.
Lorsque mon frère, mes soeurs et moi étions plus jeunes, nous allions fêter le jour de l'An chez eux. Mais maintenant c'est plus compliqué : nous avons chacun nos emplois du temps, nos sorties, etc. Alors depuis 2 ans, mes parents y vont seuls (en amoureux, sans les mômes !!) et nous nous retrouvons tous seulement l'été.
Je me faisais donc une joie d'être ce week end seule à la maison, avec Grande Soeur. Ah ! ne pas voir mes parents du week end... Ne pas entendre les permanentes inquiétudes de ma mère... être seule et en paix... Vraiment, je me réjouissais à l'idée de ces trois jours de tranquillité. Je m'étais même dit que je pourrais rattraper mon retard de travail pour le mémoire...
Râté.
Ce week end fut désastreux. Nul. Horrible.
Mes parents ne m'ont pas manqués. ça non. Mais j'avais oublié à quel point je ne m'entends pas avec ma soeur.
Je vous rassure, point de brisure d'os, point de gestes violents, point d'insultes hurlées à travers toute la maison.
Mais quel silence ! quelle ignorance ! et que de haine et de rage ravalées !
Lundi soir, j'étais au bord de l'implosion. Ou de l'explosion. Les deux, pour être exacte. Ce n'eut pas été beau à voir, et heureusement (aurais-je pu croire que je dirais ce mot !) mes parents sont rentrés à temps. Juste à temps.

Ma soeur, c'est ma soeur. Je me répète ces mots inlassablement depuis vendredi soir. Je ne vais donc pas vous décrire ici tous ses - ô combien nombreux ! - défauts. Parce qu'elle est de ma famille, que je vis en ce moment avec elle, que ce blog n'est pas là pour recevoir tous les reproches que je voudrais lui dire, et que les écrire ne ferait que raviver la haine ressentie ces derniers jours.
Mais vraiment, je n'exagère pas en parlant de haine et de dégoût.
Elle est incapable de s'occuper d'une maison.
Elle a 3 ans de plus que moi mais se comporte comme une gamine de 15 ans.
Elle a besoin de mon aval pour prendre n'importe quelle décision (y compris jeter une soupe périmée, c'est vous dire !)
Elle est vulgaire, insolente, fatigante, maladroite, bruyante...
Et voilà, me voici finalement en train de médire sur elle... c'est plus fort que moi ! Mais pendant 20 ans j'ai essayé de lui parler, de lui dire ce que je pense, de la reprendre sur ce qui me mets hors de moi, etc. Mais cette année, non, j'ai arrêté. Je n'en peux plus de répéter sans cesse la même chose, sur des points tout bêtes en plus (après le repas on essuie la table avec une éponge imbibée de produit, pas avec de l'essuie tout !), de lui demander de parler moins fort, de cesser de jurer pour oui pour un non...
Et à côté de ça, il y a la maison de mes parents.
Je ne la supporte plus.
Tout d'abord, parce que j'ai beaucoup de mauvais souvenirs dans cette maison. Liés à mon enfance, et surtout mon adolescence.
Et puis parce qu'elle est très sale. Il y a des choses qui sont difficiles à dire. J'ai mis du temps à accepter ces mots. Et en les écrivant, je tiens à préciser qu'ils sont subjectifs. Ma famille n'est pas crado. Mais la maison familiale est assez sale, surtout la cuisine. Mes parents le sont aussi un peu. ça n'est pas quelque chose de visiblement physique. Si vous les croisiez dans la rue, vous les considéreriez commes des gens très bien. Mais au fond ils ne font pas du tout attention à l'hygiène. Ils se lavent tous les jours ce n'est pas le problème... En fait c'est difficile à expliquer... Et je me rends compte aussi que j'ai le reflexe, un peu bête, de les défendre. Comme si vous alliez me juger en fonction d'eux.
Mais les mots que j'écris sont difficiles pour moi.
Par ce que je ressens du dégoût pour eux et pour cette maison. Peut-être que c'est moi qui les vois comme sales finalement. Ce serait grave, non ? Quoiqu'il en soit, la maison est sale. Au quotidien, ça me dérange, mais je le gère. J'ai grandi dans cet environnement. Mais ce week end, je l'ai vécu et je l'ai subi. En cuisinant, en gérant la nourriture des chiens, en m'occupant du linge à laver, de la vaisselle, de tout en somme, j'ai réellement senti à quel point je me sentais mal face à tout ça. Alors j'ai passé pas mal de temps à nettoyer.
Mais le fond du problème, c'est de savoir que ma famille vit au sein de toute cette cradeur sans vraiment la voir. J'en ressens un profond mal être, du dégoût, il n'y a pas d'autre mot.
Du dégoût physique, mais mental aussi. J'ai du mal à gérer le contact physique, visuel même. Je ne supporte plus que ma soeur me touche, ou ma mère. J'ai du mal à les regarder parfois. Pour ma mère, je me force. Ma soeur... c'est trop fort. Pourtant, je vous l'ai dit, sur leur personne, ils sont corrects. Parfois l'orage éclate et j'ai droit à "tu ne m'aimes pas, tu refuses mon amour" etc. C'est vrai, je refuse son amour. Est-ce que je l'aime ?
Je me pose sérieusement la question. Et là, oui je sais, je passe pour un monstre.
A mes yeux aussi, surtout même, je suis un monstre.
Comment peut-on en arriver à ne pas aimer une partie de sa famille ?
Ma mère, je l'aime, mais elle me répugne.
Comment peut-on être dégoûtée ainsi de sa famille ?
En est-on pour autant un monstre ?
Est ce que j'ai le droit d'accepter ces sentiments ?

Je lutte contre. Mais mon corps me les rappelle. Tous les week ends, j'ai mal au coeur, j'ai des nausées, juste après les repas pris en famille. Toujours. Ma mère n'est certes pas très bonne cuisinière, mais quand même...
Lundi soir, lorsque mes parents sont rentrés, j'étais contente. Ils allaient reprendre leur train-train quotidien, et moi le mien. Et pourtant, pas d'effusion de ma part. Leur façon d'être, de me parler, de poser des questions... En moins de 10 minutes, j'avais la migraine. C'est dingue tout de même !
Ce matin, idem. Ma mère a essayé de me faire la causette un peu, et hop rebelotte, migraine ! A croire que mon corps s'était déshabitué à leur présence... Ce soir, j'ai été agréable, j'ai parlé, j'ai ri... mais c'était assez forcé. ça ne se voit pas, je suis bonne comédienne, croyez-moi. Mais il y a toujours de sentiment de mal-être en leur présence (mes parents ou ma soeur), de dégoût, d'envie de fuite...
Oui, j'ai envie de partir. Loin. Là, je souhaite plus que tout rentrer à Montpellier, dans mon appartement, mon chez-moi, ma cuisine nickel. C'est paradoxal, car souhaiter ce retour, c'est souhaiter la fin du stage et le recommencement des cours. Alors que je voudrais rester encore en stage...
Mais après mon diplôme, j'ai envie de partir loin. L'autre bout de la France sera à peine suffisant.
Je n'ai pas encore de projet défini. Je n'ai pas envie de quitter le sud de la France. Ou alors aller à Paris ? Ou bien faire l'IUFM ? ... C'est flou... Mais je sais que je veux m'éloigner, le plus possible !
Cet article, je le publie, mais il me fait mal. C'est probablement le plus personnel que j'ai écrit. Les mots que j'utilise me gênent... "dégoûter" "répugner" "fuir ma famille" ...
Comment puis-je parler ainsi de ma famille ?
Suis-je un monstre ?
Est-il possible de ne pas aimer ses proches ?

Suis-je un monstre ?
Par Papillon ailes de papillon, Mardi 5 Fevrier 2008 à 23:40 GMT+2 dans Le papillon sur le divan du psy








